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Drogues et addiction – L’échange de seringues est fondamental dans la prévention et contre la propagation des maladies dangereuses

1drugIl y a des évidences scientifiques qui montrent que l’échange de seringues est fondamental dans la prévention et la propagation  des maladies dangereuses chez les toxicomanes. Cela marche et il faut que les hommes et les femmes en position de prendre des décisions agissent maintenant avant qu’il ne soit trop tard.

Ce sont des constats du docteur David Mété, chef de Service Addictologie au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Félix  Guyon de  La Réunion, présentés lors d’un débat public sur la situation de la drogue, l’alcool et l’addiction aux Seychelles, organisé par l’Alliance Française  des Seychelles vendredi dernier à l’occasion de la Journée International de la Lutte Contre l’Abus et le Trafic de Drogue.

2drug« Les hommes et les femmes en position de prendre des décisions vous savez ce qu’il faut faire même si ça va susciter l’opposition. Soyez courageux, sauvez votre pays », a dit le docteur Mété.

Les différents intervenants dans cette discussion dirigée par le directeur de l’Alliance Française  des Seychelles M. Laurent Jalicous comprenaient également Mme Sylvie Bertrand, conseillère régionale et spécialiste en addictologie de l’ONU en Afrique de l’Est, M. Wadih Maalouf, expert en prévention, réhabilitation et traitement à l’Office de l’ONU Contre la Drogue et le Crime (UNODC), le docteur Daniella Malulu, psychiatre au Centre de Bien-être de Les Cannelles, M. Benjamin Vel, consultant au Conseil Contre la Drogue et l’Alcool (DAC), Mme Noëlla Gonthier, directrice de CARE, M. Antoine Duprès, directeur du Centre de Mont Royal, M. Pat Mathiot, journaliste à la SBC (Seychelles Broadcasting Corporation), aussi bien que M. Ryan Durup, agent de l’Agence Nationale de Lutte Anti-drogue (NDEA).

Un bon nombre d’intéressés étaient également présents dont la présidente de CARE Mme Sarah René, des représentants des ONG et des membres de familles touchées par ce fléau social, parmi d’autres.

Parmi les questions sur lesquelles tout le monde présent ont échangé leur point de vue étaient comment la situation de la drogue a évolué, le lien entre la drogue et la criminalité, l’impacte social de la drogue, les dégâts causés au sein des familles et si la situation aux Seychelles est comparable à celle de La Réunion, entre autres.

Pour ce qui concerne la dernière question, le docteur Mété a affirmé  que la situation de la drogue et de l’addiction aux Seychelles n’est pas comparable à celle de La Réunion.

« Elle peut l’être du côté de la problématique alcool où il y a un problème de santé publique très important qui perdure depuis plusieurs années avec une consommation  massive pendant le weekend », a t-il souligné.

Mais du côté de l’héroïne, le docteur Mété a expliqué que la situation à La Réunion n’est pas du tout comparable à la situation quasi-inquiétante qui existe aux Seychelles.

«Heureusement pour nous à La Réunion il y a seulement 200 personnes qui sont traitées dans le cadre d’un programme de substitution. Nous n’avons pas de chiffres exacts mais j’estime qu’il y a environ une vingtaine de personnes pour une population de 860 000 habitants qui s’injectent des produits », a dit le docteur Mété.

Il a fait remarquer que cela est dû au fait que La Réunion est une seule île et elle a un système douanier et de surveillance maritime qui la préservent des drogues  venant  de l’extérieure.

« Ce qu’on a à l’intérieur qui posent problèmes sont le cannabis et l’alcool et aussi une pratique spécifique où les jeunes, surtout avec le problème d‘accès à des substances venant de l’extérieure, détournent des médicaments psycho actifs  avec lesquels ils fabriquent des cocktails », a-t-il expliqué.

Alléger le fardeau de l’usage de stupéfiants

Pour M. Maalouf, il faut alléger le fardeau de l’usage de stupéfiants car les victimes sont très vulnérables et facilement ciblés par les trafiquants.

« Ils ont à tout prix besoin d’une assistance médicale », assure-t-il.

Il a insisté que l’investissement dans le traitement et dans des programmes de prévention est beaucoup moins cher que de ne rien faire.

Pour Mme Bertrand, la drogue déchire le tissu social d’une façon très grave avec un impacte économique également très grave. Elle a fait ressortir que le coût  financier de l’inaction, de ne pas répondre aux problèmes de drogues par des  programmes de réduction de risque est énorme.

Toujours en ce qui concerne la problématique de l’addiction, pour le docteur Mété, ce qui l’a beaucoup étonné ici « c’est cette prévalence très importante de consommateurs d‘opiacés, un chiffre de 2,3% de la population qui malheureusement place les Seychelles au plus haut niveau mondial d’usage d‘opiacés ».

« C’est une situation qui évolue extrêmement rapidement à une vitesse foudroyante. 2 500 consommateurs de drogue, ce sont des chiffres importants qui augmentent les risques de transmission de toutes sortes de maladies transmissibles aussi bien que toutes sortes de microbes présents dans les préparations. Le chiffre de 91 nouveaux cas de SIDA en 2014 est important par rapport  à l’échelle de la population », il a fait remarquer.

Par rapport à la saisie importante faite par la NDEA de 32 kilos d’héroïne d’une pureté remarquable, le Dr Mété est d’avis que la NDEA est un organisme très efficace, mais d’après les constats des organismes internationaux comme  l’ONU Sida ou l’Interpol, elle a saisi seulement 10 % de ce qui est en circulation. Lié à tout ça, le Dr Mété a souligné que l’addiction est la pathologie la plus mal diagnostiquée et la plus moins soignée au monde.

« 10% seulement des personnes qui souffrent d’un problème d’addiction sont soignés. Dans tous les pays du monde, ce sont des pathologies sous diagnostiquées et insuffisamment soignées », a fait savoir le Dr Mété. Pour lui, les chiffres montrent qu’on a sous-estimé la réalité de la situation.

Seychelles sont dans une situation très complexe

Se basant sur une carte fournie par l’ONU sur la situation dans la région en terme de saisie de drogue, il a fait remarquer que les Seychelles sont dans une situation très complexe avec toutes les îles qui rendent les frontières très difficiles à surveiller et le fait que les Seychelles sont à proximité d’une zone qui a connu une extension majeure en matière de trafic de toutes sortes de drogues.

« Les Seychelles découvrent à très grande vitesse l’horreur de la réalité de l’héroïne », a-t-il souligné.

A propos de soins, il a souligné qu’il est très important de savoir que l’addiction est une maladie chronique comme le diabète et l’hypertension et que les drogués sont des malades et des êtres humains qu’il faut soigner et soutenir mais non pas mépriser.

« L’addiction est une maladie chronique et certains malades ont malheureusement besoin d’être traités toute leur vie. Mais il y a certains après un ou deux ans de traitement qui peuvent se réadapter à la vie de famille ou professionnelle. C’est différent pour chaque malade »,  a-t-il précisé.

Pour  le Dr Mété, afin de mieux gérer cette situation, il y des programmes bien établis avec des preuves et évidences scientifiques tels que le traitement par la méthadone et l’échange de seringues qui est peu couteux mais très efficace.

Le Dr Mété a profité de l’occasion pour saluer le courage énorme, la compétence et l’engagement des personnes qui travaillent d’arrache pied dans des centres et les organisations pour apporter des soins et du soutien aux malades et à leurs familles.

 

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