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« Les frontières de l’Afrique ne s’arrêtent pas aux côtes » – Ministre Jean-Paul Adam

Le changement climatique et la montée des eaux sont une menace sérieuse pour les Seychelles a dit le Ministre des Finances, du Commerce et de l’Économie Bleue, M. Jean-Paul Adam dans une interview avec le magazine au quotidien Le Point Afrique.

L’interview qui a pour titre « Les frontières de l’Afrique ne s’arrêtent pas aux côtes » a été publiée le mardi 21 juillet, 2015.

Le Ministre Adam a accordé cette interview au correspondant du magazine Le Point Afrique, Antoine Galindo à Addis Abeba, en Ethiopie.

Il avait assisté en présence de nombreux dirigeants et leaders de la société civile aux débats de la troisième conférence sur le financement du développement. La question des taxes et de l’exode fiscal a été abordée, mais aussi celle des problèmes d’environnement qui concernent particulièrement les Seychelles, un petit État insulaire au large des côtes africaines et dans l’océan Indien.

Le Point Afrique : Quel impact a le changement climatique sur l’économie seychelloise ?

Ministre Adam : Pour un petit pays insulaire comme le nôtre, le changement climatique est une question existentielle : toute notre économie s’appuie sur les ressources marines. Notre modèle de développement est basé sur la valeur ajoutée, sur un produit sain et écologique, qui correspond aux attentes de ce XXIe siècle. La pêche responsable sert l’environnement, et donc le tourisme. Et inversement. On parle d’une « économie bleue ». Or, le réchauffement des océans influe sur la reproduction des poissons, mais aussi sur leurs migrations. Et c’est tout notre modèle économique qui est menacé.

Le Point Afrique : Vous attendez donc beaucoup des négociations sur le climat ?

Ministre Adam : Oui. Et il y a des raisons d’être optimiste et pessimiste. Dans l’optique de la COP21 de Paris en fin d’année, les pays ont commencé à faire des annonces. Ces annonces, si elles n’aboutissent pas toutes à du concret, ont tout de même un effet accélérateur. Lors de la conférence de Copenhague (en 2009, NDLR), toutes les négociations avaient eu lieu à la dernière minute. On sait l’échec que ça a été. Cette fois-ci, les annonces vont plus loin que tout ce qui a été fait auparavant. Beaucoup de pays africains ont bougé dans le bon sens. Il y a aujourd’hui une grande opportunité pour mieux gérer les ressources du continent, au bénéfice des pays africains.

Le Point Afrique : Comment ?

Ministre Adam : En parlant de financement, qui était le thème de la conférence d’Addis-Abeba. Dans le contexte des négociations pour le changement climatique, on parle très peu de financement. Or, c’est essentiel. La réallocation de ressources déjà identifiées n’est pas suffisante. L’aide publique est une fausse solution. Il faut des financements additionnels et innovants. Il faut créer des opportunités pour que les pays en développement puissent investir dans les solutions contre le changement climatique.

Le Point Afrique : C’est ce que vous avez commencé à faire…

Ministre Adam : Notre idée est de dire que les frontières du continent ne s’arrêtent pas aux côtes. L’agriculture, selon la définition de la FAO, c’est aussi la pêche. C’est un élément-clé de la sécurité alimentaire. On ne peut pas parler de sécurité alimentaire sans parler d’une économie bleue. En Afrique, l’agriculture ne pourra pas couvrir à elle seule les besoins en protéines. Il faut donc une meilleure gestion des ressources marines, et développer l’aquaculture. Or, actuellement, la majorité des investissements dans le secteur de la pêche provient de pays tiers. Il faut changer cela.

Le Point Afrique : Quelles solutions proposez-vous ?

Ministre Adam : Aux Seychelles, le PIB par habitant a atteint un seuil qui fait que nous n’avons pas accès aux sources de financement des pays les moins avancés. Nous avons donc proposé de mobiliser notre dette. De la rééchelonner d’une autre manière. Elle représente une expatriation de devises qui coûte cher à notre économie. The Nature Conservancy, une ONG américaine, nous a aidés à racheter 30 millions de dollars de notre dette, que nous avons restructurés dans un fonds. Ce fonds sera utilisé dans l’adaptation contre le changement climatique et pour des projets de conservation. En somme, nous avons transformé une partie de notre dette en fonds de développement !

Le Point Afrique : Au financement de quels types de projets ce fonds va-t-il servir ?

Ministre Adam : Nous sommes en train de créer une aire marine protégée, qui deviendra la deuxième de l’Océan Indien en taille. Cet espace sera un support d’investissement dans des activités génératrices de croissance. L’écotourisme, par exemple, ouvre beaucoup de portes : des lodges pour la plongée, mais aussi des activités de pêche au gros sur le principe de « catch and release » (« attraper et relâcher », NDLR). La préservation des mangroves, aussi, aide à la protection des ressources halieutiques. Le bénéfice économique et écologique, à long terme, doit permettre d’alimenter notre économie bleue.

Le Point Afrique : Quelles autres initiatives avez-vous impulsées ?

Ministre Adam : Nous souhaitons émettre des « obligations bleues ». L’idée vient des « obligations vertes », qui existent déjà. Ce projet doit permettre d’amener un investissement à la fois écologique et économique, toujours dans l’optique de mieux gérer nos ressources. Ces obligations doivent donner aux pêcheurs les moyens de participer à cet effort. Leur donner les moyens d’adapter leur pêche aux exigences environnementales. Les gens sont de plus en plus regardants sur les produits qu’ils consomment. Et dans les négociations pour le climat, il ne faut pas négliger cet effet du marché, qui aura un impact sur le développement. Le problème des effets de marché est qu’ils agissent à moyen ou long terme. Alors que le changement climatique est une urgence…, il faut agir maintenant.

Propos recueillis par Antoine Galindo à Addis Abeba 

 

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